Vous reprendrez bien un peu de glyphosate?

Qu’est-ce que le glyphosate ?

Le glyphosate est un principe actif d’herbicides qui bloque une enzyme dont la plante a besoin pour fabriquer des acides aminés et des protéines. Il s’agit donc d’un produit toxique pour tout organisme qui n’a pas été génétiquement modifié pour le supporter. Le glyphosate est en fait un élément chimique parmi d’autres composant un tout appelé herbicide. Le plus connu étant le Roundup®, breveté en 1974.

L’introduction du glyphosate en Europe.

C’est en 2002 que le glyphosate fait son entrée sur le marché européen. Le produit a reçu une autorisation pour une durée de dix ans. A défaut d’accord entre les Etats membres sur le renouvellement ou non de cette licence, la première autorisation a été prolongée à de multiples reprises pour arriver à échéance en décembre 2017. La Commission souhaitait renouveler pour quinze ans, la France pour cinq ans, tandis que Malte opposait son refus. Une crise accentuée par la publication d’études relatives à la dangerosité du produit pour l’Homme.

Des études contradictoires sur la dangerosité du produit.

Le 20 mars 2015 sort une première étude du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) classant le glyphosate comme « cancérogène probable ». Cette agence de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que l’on peut faire une association entre l’exposition au glyphosate et le développement de cancers tels que le lymphome non hodgkinien et le cancer du poumon. Huit mois plus tard l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) rendent un avis contraire.

Pourquoi des résultats contradictoires ?

Tout d’abord il faut savoir que les agences européennes n’ont reçu compétence des Etats membres que pour l’étude de substance active, en l’espèce le glyphosate. Seuls les Etats membres peuvent analyser des « produits formulés » autrement dit l’herbicide dans son intégralité. Or les études mettent en avant l’augmentation de la toxicité du glyphosate mélangé à d’autres éléments chimiques.

De plus, ces agences ne se basent pas sur les mêmes documents. Ainsi, le CIRC a utilisé toute la littérature scientifique hors documents fournis par l’industrie, tandis que les agences européennes se sont également basées sur ces documents. C’est d’ailleurs ce qui est reproché à ces dernières ! En effet, pour rendre leur décision l’EFSA et l’ECHA se sont appuyées sur un rapport d’évaluation du glyphosate réalisé par l’Institut fédéral d’évaluation des risques allemand mandaté par l’Union européenne. Problème, selon des scientifiques « chasseurs de plagiat » ce document est le résultat « de plagiats à plus de 50 %, et de copiés-collés à plus de 70 % [1] » du dossier d’homologation du glyphosate déposé par Monsanto. Difficile donc de croire les conclusions rendues par ces organismes. Surtout lorsque l’on connait le fort pouvoir de lobbying des entreprises à Bruxelles.

Quels risques pour la santé ?

Un produit considéré comme perturbateur endocrinien.

Des expérimentations réalisées sur des animaux ont montré que 15 à 30% du glyphosate consommé est absorbé par le corps. Ce produit est dangereux pour les fœtus car il peut traverser le placenta. De plus, « une faible proportion peut être dégradée en acide aminométhyphosphonique (AMPA), (…) toxique sur des cultures de cellules humaines, notamment sur des cellules du placenta et de l’embryon». L’AMPA est considéré comme étant encore plus toxique que le glyphosate. 

Les études tendent à montrer également que le glyphosate serait un perturbateur endocrinien.  Des études sur des rats ont montré que les taux de testostérone sur la descendance mâle étaient anormaux. D’autres menées sur des cultures de cellules indiquent que le glyphosate « bloque les récepteurs pour les hormones mâles et inhibe la production d’oestrogène ». Le glyphosate et l’AMPA sont dits « génotoxiques », c’est-à-dire qu’ils perturbent la reproduction de l’ADN à l’identique par la cellule.  Par conséquent, cela peut induire des mutations génétiques et augmenter le risque de cancer.

Des conséquences sur la santé déjà constatées.

Dans des zones de cultures situées en Amérique latine l’augmentation des cas de malformations congénitales a été constatée ainsi que le nombre de fausses-couches. Par ailleurs les taux de cancer ont été multipliés par quatre[2] durant ces dix dernières années dans une région d’Argentine où le soja est cultivé. En France des cas d’agénésie transverse des membres supérieurs (ATMS) ont été signalé fin 2018. Pour le moment il y aurait dix-huit cas d’enfants nés avec un bras et/ou une main pas ou peu développé. Ces malformations seraient dues selon le Remera (Registre des malformations en Rhône-Alpes) à une substance utilisée en agriculture. L’établissement Santé publique France (SPF), sous la tutelle du Ministère de la santé, ne confirme pas cette thèse et indique qu’ « aucune cause commune à ces différents cas d’agénésies n’a pu être établie ».

Le glyphosate détruit également les sols.

Le glyphosate n’est pas seulement dangereux pour l’Homme, il l’est également pour l’environnement. Il lessive les sols et contamine les cours d’eau. Les terres sont de ce fait de plus en plus difficiles à cultiver et leur appauvrissement est l’une des causes de leur incapacité à faire pénétrer et absorber de grandes quantités d’eau en leur sein, provoquant ainsi les épisodes d’inondation tels que l’on a connu ces derniers temps. Plus une terre est riche en matière organique, plus elle peut fonctionner comme une éponge. Les produits chimiques détruisent ces matières organiques. Quant aux espèces aquatiques elles sont également impactées par ces produits.

« Envoyé Spécial », un documentaire effarant sur le glyphosate.

Le jeudi 17 janvier dernier « Envoyé Spécial » a diffusé son reportage sur le glyphosate. Celui-ci démarre par la rencontre entre deux agricultures. Vincent, est pro-glyphosate, Olivier prône la culture bio depuis vingt-sept ans. Ils ont accepté tous les deux de partager une journée dans la ferme de l’un puis de l’autre.

Vincent est le premier à accueillir son collègue. Au programme du jour, épandage de glyphosate sur une parcelle. Pour cela il faut transvaser l’herbicide contenant du glyphosate dans les bidons de l’engin. Mais pour se faire, il faut au préalable enfiler une combinaison, un masque et de longs gants. Bizarre pour un produit qui est supposé ne pas être dangereux… Et l’agriculture de préciser un peu plus tôt dans le reportage : « ce qu’il faut c’est aller vite. Tu remplis, tu vas dans le champ, tu vides ». Quand la journaliste demande à ce dernier « est-ce qu’un jour vous avez peur de vous dire « Mince, je me suis trompé !» ?», il répond : « moi je me suis jamais posé la question de savoir si ce que je faisais était un problème, autant pour moi que pour l’environnement ». La stupeur semble se lire sur le visage de son collègue.

Autre moment surprenant, cette fois lors du séjour dans la ferme bio. Les deux agriculteurs s’en vont labourer une parcelle. Le geste semble hésitant pour Vincent mais il revient vite, dix-sept ans après son dernier labour. L’agriculteur veut bien faire pour Olivier mais précise que « au bout d’une demi-heure, trois-quarts d’heure, [il] en aurai[t] marre ! ». En effet, il ne faut pas être fainéant pour être agriculteur ! Lorsque l’on sait qu’une heure d’épandage de glyphosate représente dix heures de labourage pour une culture bio, le calcul est vite fait pour certains…

Monsanto condamné par la justice américaine.

Le reportage suivant nous emmène aux Etats-Unis à la rencontre de Dewayne JOHNSON, jardinier américain d’une quarantaine d’année atteint d’un cancer en phase terminal, qui a intenté une action en justice contre Monsanto. En première instance la justice a reconnu le rôle qu’a joué le glyphosate dans la survenue du cancer et a condamné Monsanto à verser 289 millions de dollars de dommages et intérêts lors d’une première décision rendue en août, puis 78,5 millions de dollars dans un second procès en octobre dernier. M. JOHNSON espère que désormais « ces gens vont arrêter de mentir et que les choses changent enfin. ». Monsanto a fait appel de cette décision, affaire à suivre donc.

Monsanto Papers, des documents accablants.

Si la justice a donné raison à M. JOHNSON c’est probablement grâce au « Monsanto Papers ». Les journalistes d’Envoyé Spécial ont interviewé Carey GILLAM, Responsable de l’ONU « US right to know », qui est à l’origine des premières fuites de documents. Le reportage montre notamment une des premières études de l’agence américaine de protection de l’environnement  (EPA) datant du 10 février 1984. Celle-ci indique « Review of the mouse oncogenicity study indicates that glyphosate is oncogenic, producing renal tubule adenomas, a rare tumor, in a dose-related manner ». Autrement dit il y a présence de tumeurs cancéreuses chez les souris soumises à des doses de glyphosate. Mais sous la pression de Monsanto l’agence a par la suite désavoué ses toxicologues. Dans une lettre, une des hauts responsables de l’agence accuse même son responsable de collusion avec Monsanto. Ce dernier aurait modifié des décisions de l’EPA en faveur de la firme.

Plus tard on apprend qu’en 1990 Monsanto avait commandé une étude et que le scientifique en charge de celle-ci, James PARRY, a trouvé « des raisons de s’inquiéter ». Résultat : dossier enterré. Ce rapport était couvert par le secret commercial pendant dix ans. On peut y lire en conclusion « these studies provide some evidence that Roundup mixture produces DNA lesions in vivo, probably due to the production of oxidative damage ». Le scientifique suggérait de faire des études supplémentaires pour savoir si le produit était sans risque ou non. Celles-ci n’ont jamais été faites et le Professeur PARRY a été mis à l’écart. Je vous invite à visionner ce reportage édifiant.

E. MACRON revient sur sa promesse.

Jeudi 24 janvier dernier Emmanuel MACRON est revenu sur sa promesse en affirmant que la fin de l’utilisation du glyphosate d’ici trois ans ne serait pas tenable. Le chef de l’Etat a même ajouté qu’« il n’y a aucun rapport indépendant ou pas indépendant qui a montré que c’était mortel[3] ». La politique de l’autruche est donc de mise…


[1] «Glyphosate : les autorités sanitaires ont plagié Monsanto», Stéphane FOUCART, Le Monde, 15/01/19  

[2] « Glyphosate : des raisons de s’inquiéter ! », Les Amis de la Terre

[3] Emmanuel Macron renonce à sa promesse d’interdire le glyphosate en 2021 », Rémi BARROUX, Le Monde, 25/01/19

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